J’ai toujours voulu partir en itinérance sur l’eau en canoë comme les trappeurs et la ruée de l’or du Klondike. Mais bon il faut faire quand même 7000km pour aller vivre cette aventure. Du coup avec mon meilleur ami, on a décidé de descendre le fleuve le plus sauvage de France durant 4 jours, la Loire.

Jour 1, départ Candes St Martin

Départ 11H, 28km à parcourir

 Après 3H de route à travers les coteaux de la vallée de la Loire, le propriétaire du canoë nous dépose finalement sur les berges du village de Candes St Martin.

Nous chargeons notre matériel, notre nourriture et eau pour 4 jours à bord. Nous ne comptons pas nous ravitailler dans les villages, la déconnexion sera totale.

Derniers réglages puis le camion nous quitte dans un nuage de poussière. Nous sommes enfin seuls, 120 km nous attendent.

Dès les premiers coups de pagaies, le sentiment de liberté devient omniprésent

nous pagayons vers Saumure

À cette époque de l’année, nous sommes seuls sur le fleuve. Au fil des heures qui passent, les villages s’enchaînent, les rencontres aussi…

Dans les méandres du cours d’eau après Souzay Champigny, nous surprenons un couple allongé nu sur un banc de sable qui se croit à l’abri des regards, multipliant les positions. L’amant tourne la tête dans notre direction, et part précipitamment se cacher derrière son bateau avec sa compagne.

Les hérons et les aigrettes nous surplombent de leurs vols majestueux, les poules d’eau se cachent au milieu des roseaux…

Après 2h de navigation, nos ventres crient famine et c’est au milieu des bouses et des vaches qui nous observent d’un air curieux que nous cassons la croûte.

Nous dépassons l’imposant château de Saumure, la vue est belle depuis notre canoë.

nous sommes en face du château de Saumure sur la berge avec notre canoë
Nous sommes à la sortie de Saumure sur notre canoë

En chemin, on croise la route d’un pêcheur qui a cassé son moteur. Il est coincé sur une île avec sa femme en face de St Martin de La Place. Il nous appelle à l’aide. Ni une ni deux, armé d’un bout et d’un mousqueton on amarre sa petite vedette à notre frêle embarcation.

À la force de nos bras, suant à grosses gouttes, nous tirons son bateau à travers la Loire. Le courant est encore important, il nous éloigne de notre objectif. Mais après 15 minutes de pagayage acharné, nous arrivons enfin sur l’autre rive, on a réussi !  

On repart, fier du devoir accompli.

village de St Martin de La Place

La fin d’après-midi approche et nous décidons de nous échouer au bout de l’île de Joreau pour établir notre campement, à côté d’un poste d’observation ornithologique.

Le soleil se couche, drape le ciel de sa couleur orangée, des montgolfières lévitent paresseusement au-dessus du pont des Rosiers sur Loire. La bouteille de rhum est débouchée, il est temps de trinquer à cette première journée….

bivouac sur la loire aventure
une aventure sur la loire le bivouac et le rhum

Jour 2, l’île aux castors

Départ 7H30, 37km à parcourir

6H du matin, les premiers rayons de l’aube percent la fine toile de notre tente. Nous prenons le petit-déjeuner en observant le fleuve nappé de sa brume matinale. Quelques poissons bondissent hors de l’eau, je me sens déjà déconnecté de mon quotidien.

Une fois sur l’eau, la Loire s’étiole, les berges s’éloignent et les bancs de sable se font plus nombreux.

Tellement nombreux que faute de fond, nous échouons à plusieurs reprises. Il faut se mettre à l’eau et tirer le bateau sur parfois plusieurs centaines de mètres !

Puis au détour d’un virage, on découvre des cochons qui sont vautrés dans le sable. Ils nous ignorent, profitant de leur bain de soleil.

Le soleil poursuit sa course dans le ciel, les flots nous amènent aux abords de la ville des Pont de Cé, à côté d’Angers. La coque du canoë racle de nouveau le fond et nous voilà bloqués sous la pile du pont principal. L’eau lèche nos chevilles, nous tirons encore notre frêle embarcation lourdement chargée à travers un paysage semi-urbanisé où les îles vertes côtoient le bitume et le vrombissement de la circulation.

j'ai de l'eau jusqu'aux chevilles dans la loire, l'aventure c'est ça aussi

Nous accélérons la cadence pour retrouver la sauvagerie de la Loire. Néanmoins, l’apparition de la signalisation fluviale inhibe son côté sauvage. Désormais les péniches, ces reines des rivières, pourront croiser notre route.

Puis vient la fin d’après-midi, nous sommes au milieu d’un chapelet d’îlots connus des gens du cru. Des groupes de copains ou quelques amoureux sont venus s’échouer ici et là armés d’un barbecue ou d’un pique-nique  pour profiter de la douce soirée qui s’annonce.

L’atmosphère est propice au farniente et au repos. Nous partons en quête d’une île où le calme règne en maître afin d’y poser la tente.

Quelques centaines de mètres plus loin, un bosquet d’arbres trône sur une langue de sable orienté ouest. Personne en vue, on tient notre repaire pour la nuit.

Nous installons notre bivouac dans une petite clairière. On explore l’île de fond en comble avant de tomber nez à nez avec un couple qui cette fois-ci, est juste là pour l’apéro.

Ils vivent dans le village un peu plus loin. Vraisemblablement nous sommes sur l’île aux castors.

Castors qui laissent la place aux culs nus durant l’été, j’imagine que l’ambiance ne doit pas être la même…

Après une proposition de petit-déjeuner pour le lendemain matin, ils remontent à bord de leur petit bateau à moteur et s’éloignent de notre havre de paix.  

Le soleil se couche, les pieds nus enfouis dans le sable, le feu qui crépite, la voûte céleste qui s’installe, un castor nage à travers le courant, le niveau de la bouteille qui baisse, le temps s’arrête…

j'attise le feu du bivouac sur la loire

Jour 3, un arbre au milieu de la Loire

Départ 8h00, 37 km à parcourir

Au petit matin, l’air hagard, une tasse de thé indien brûlant dans la main, nous regardons attentivement le temps qui nous reste avant notre arrivée. Le doute nous anime, nous sommes peut être en retard. Aujourd’hui, le chenal principal et son courant seront privilégiés pour grappiller quelques kilomètres supplémentaires.

Nous pagayons de plus belle, tant pis pour le petit-déjeuner ! On enchaîne les petits villages. La Loire sur cette portion est plus champêtre que la veille.

la Loire et ses bancs de sable ralentissent notre progression
village de bord de Loire

Les digues œuvrant contre l’érosion se font plus nombreuses, créant parfois des goulots d’étranglementde timides rapides apparaissent. Avide de sensations fortes dans une matinée plus monotone, la proue de notre trirème canadienne vient heurter les petites vagues qui se dressent devant nous. Un peu déçu par la prestation, notre équilibre fait la moue et reste fixe sur l’horizon…

De temps à autre, nous nous laissons dériver avec le courant, allongés sur nos marchandises, nous profitons des rayons du soleil et des quelques caresses apportées par la brise.

Mais au fil de la journée, la brise laisse place au vent qui souffle contre nous dans le corridor de la Loire. Des nuages noirs s’amoncellent dans le ciel. Les flots deviennent plus turbulents, on dirait la houle… Je peste contre ce temps qui nous ralentit. Les grains qui s’abattent sur nous tous les 20 minutes n’arrangent rien à notre humeur. Mais je me dis qu’il y a pire, on aurait pu être au bureau !

un arbre au milieu de la Loire
le lieu où nous allons dormir pour cette dernière nuit d'aventures sur la Loire

 

Heureusement, l’éclaircie arrive en fin d’après-midi. Et après avoir longés les rives interminables de l’île Mocquart, nous tombons nez à nez avec une jolie vision de la nature.

Une île de sable à la végétation rase, un cyprès isolé, des mares dispersées mais surtout 2 arbres plantés au milieu de l’eau. Leurs ramures vertes crée des reflets irisés, une veine de courant se glisse entre les 2 troncs noueux. Il est 17H, je crois que l’on tient notre emplacement pour la nuit…

Dernier soir, on se baigne, on boit un coup, on se challenge à celui qui allumera le feu le premier, on finit les dernières victuailles.

On ne veut pas partir, laissez nous tranquilles, laissez nous vivre l’Aventure…

 

on accoste sur le lieu de bivouac sur la Loire

Jour 4, l’aventure tire à sa fin

Départ 9H00, 18km avant l’arrivée

La nuit a été humide, le matin est frais. Nous buvons notre café et quelques biscuits en observant la nature s’éveiller autour de nous. Il nous reste quelques heures d’efforts avant la fin de notre escapade hors du temps.

Bizarrement, ce temps s’écoule plus vite, la Loire devient plus rectiligne, les oiseaux se font plus timides, la nature moins sauvage. La Loire se prépare à sa rencontre avec Nantes…

Nous dépassons le pont d’Ancenis et sa forteresse, marquant l’ancienne frontière entre la Bretagne et l’Anjou.  

Sur la dernière ligne droite, à bâbord se dresse un énorme bateau rouillé de partout, on se dit qu’il aurait pu faire un bon endroit pour dormir…

Moulin de Champtoceau en vue,

c’est ici que s’arrête notre voyage après 120 km à vivre une microaventure loin de Paris et de son bruit…

Tu veux vivre cette aventure en autonomie ?

🛶 120 KM

🕞 4 jours
💶 90€ pour la location du canoë
🚣 Candes Saint Martin- Champtoceaux
🚩 Champtoceaux pour le transfert vers Candes
🐦bivouac interdit en saison sur certaines îles par arrêté préfectoral pour  la période de nidification