Dans le nord-est de l’Espagne, au sud du Pays Basque, se cache un endroit que peu ont entendu parler. Un désert aride, où tout semble hostile pour le voyageur… Tantôt Ouest américain pour les uns, lieu de tournage de la série Game Of Thrones pour les autres, le désert des Bardenas Reales ne laisse personne indifférent. Viens donc découvrir ta future aventure dans le plus grand désert d’Europe…

Arguedas, village perdu au milieu de la Navarre

Les heures passent, les paysages défilent par-delà la fenêtre de mon wagon. Montagnes, villages isolés, plaines, champs courant jusqu’à l’horizon; mon train m’emmène vers l’Ouest espagnol à toute allure. Je m’enfonce en Navarre pour explorer le désert des Bardenas Reales.

Terminus, me voilà à Tudela, principale ville de la région. Je dois prendre un bus qui doit me conduire au village d’Arguedas, principal point d’entrée pour les Bardenas Reales. J’ai quelques heures devant moi.

Mes pas m’entraînent dans les ruelles adjacentes de la gare. Des immeubles à la peinture fatiguée me surplombent, quelques lessives se balancent sous la brise du matin.

La ville manque de charmes et de couleurs. Pourtant au détour de la route, près d’un tunnel, un grand chat jaune me sourit de toutes ses dents. Mais que fait donc un graffiti de Monsieur Chat, artiste connu à Paris, dans ce trou perdu ? Le mystère reste entier…

Je trouve à Tudela un graffiti de Monsieur Chat

Je reviens à la gare où je m’attable au comptoir du café. Je baragouine quelques mots d’espagnols pour commander un café noir, sans sucre. En entendant mon accent, la serveuse me sourit et me demande si je viens de Roumanie. Un peu surpris, je lui explique mes origines bretonnes. En retour, je n’ai qu’une petite moue dubitative, je ne sais quoi penser…

Il est 11H, j’embarque à bord de mon bus qui doit me conduire au milieu du désert de Game Of Thrones, le désert des Dothrakis. 40 minutes de route où je traverse des plaines arides. Des ranchs pour chevaux, des petites maisons aux murs de chaux bordent la route, je m’enfonce dans le Far West espagnol.

Me voilà enfin à Arguedas, laissé seul sur le bord de la route. Tandis que l’autocar s’éloigne au loin, des couleurs accrochent mon regard. Sur ma gauche, de l’autre côté de l’asphalte, se trouve une étrange maison abandonnée. Derrière une façade usée, de l’autre côté du seuil, un fauteuil trône au milieu d’une grande pièce vide.

Le sol n’est plus qu’une dalle de béton nue, des fresques ornent ses murs. Privée de sa porte d’entrée, elle m’invite à la visite. Les peintures faites à la bombe courent partout, tantôt personnages grotesques tantôt pointillisme, le lieu est complètement décalé. Sous les yeux de quelques gamins jouant au foot dehors, je m’affale dans le fauteuil pour devenir l’espace d’un instant, le roi d’un squat d’artistes oubliés

Hugues de Vivre Une Aventure se tient debout dans un squat abandonné à Arguedas
Hugues de Vivre Une Aventure se tient assis dans un fauteuil dans le squat d'Arguedas

La lumière du jour baisse, je me faufile au-dehors. Il me faut trouver mon logement.
Dans une ruelle, un groupe de vieux sont assis sur un banc et bavardent. Un chien fatigué est affalé à leurs côtés. Un peu timide peut-être, je fais le tour pour me trouver près d’une église. Elle est belle, avec sa pierre qui rougeoie avec le soleil…

Enfin, je me retrouve devant la porte de la pension La Bardenas blanca. Une cuisine, une chambre un grand lit avec de l’air conditionné que demander de plus ?
Pour les voyageurs de passage, on pourra trouver du Wi-Fi public dans tout le village.

En route pour voir Khaleesi, Bardenas Reales

 

 

L’aube…

Après un petit-déjeuner copieux avec des produits maisons de la Casa Blanca, j’enfourche ma monture, direction le plus grand désert d’Europe.

Les falaises ocres, surplombent la route. Après quelques kilomètres, je m’aperçois que ma roue arrière est complètement voilée. Le lever du soleil n’attend pas, je poursuis mon épopée.

Mon aventure commence, m’emmène au-delà des collines et des champs d’oliviers, envahis par la brume du matin.

Ici et là, des fermes isolées tapissent la plaine. La pente ne fait que s’accentuer, je pédale, la langue pendante.

Là, le paysage fertile s’efface derrière moi pour laisser place à une vaste étendue aride et désolée. Les rayons du soleil transpercent la masse cotonneuse qui s’accroche aux montagnes. Ils caressent le sommet des aspérités rocheuses qui se dressent au milieu d’une vaste steppe où l’herbe contraste avec l’argile. Un camp militaire se tient au sommet d’une petite colline, seule trace de civilisation visible dans ce grand espace.

L'entrée du parc des Bardenas Reales

J’ai l’impression d’être un cow-boy qui s’apprête à vivre une aventure dans l’Ouest américain. Des sons de clochettes tintent à mes oreilles. En bas du chemin, un berger s’en vient avec ses brebis. Un nuage de poussière se soulève sous le martèlement des sabots. Les bêlements résonnent dans l’immensité du désert des Bardenas Reales.

Je salue le berger d’un revers de la main, avant de quitter la route principale pour emprunter sur ma gauche un chemin de terre. Au loin, j’aperçois ma première étape, le mamelon de Castildetierra. Après une centaine de mètres, la piste s’arrête. Je me suis visiblement trompé de chemin… Il n’est pas question de faire demi-tour. Je déplie ma carte à plat sur une pierre. À vol d’oiseau, le véritable sentier n’est distant que de quelques dizaines de mètres. Qu’à cela ne tienne, me voici à travers champs. Le vélo à mes côtés, je marche dans les sillons laissés par un tracteur pour éviter d’abîmer les cultures.

Les moutons sur la colline au dessus des Bardenas Reales

Quelques talus plus tard, je pédale à nouveau dans la bonne direction. Au détour d’un virage, une maison de berger au toit plat surgit dans mon champ de vision. Je lâche le vélo par terre pour me hisser au sommet de l’habitacle. Assis, les pieds qui se balancent dans le vide, j’embrasse l’horizon du regard.

Personne, j’ai ce paysage grandiose, fait de montagnes ocres et de plateaux rocheux aux couleurs changeantes, pour moi seul. La sensation puissante que la liberté procure, commence à se distiller dans mes veines. Et là, dans un vrombissement de moteur, un camping-car surgit de derrière la colline.

L’illusion du territoire vierge vole en éclats. Je remonte sur ma monture à la poursuite des légendes Dothrakis

Hugues Vivre Une Aventure assit sur une bergerie
Vélo dans les Bardenas Reales

Derniers coups de pédale, j’arrive enfin à Castildetierra. Le mamelon se dresse vers le ciel menaçant. L’orage gronde sur les plateaux des Bardenas Reales.

Ce monticule rocheux, strié de multiples couches de sédiments, est entouré de nombreux sillons sinueux creusés par l’érosion au fil des siècles.

Pour quelques instants j’endosse le costume du cow-boy solitaire tout droit sorti de l’imagination de Sergio Leone. Tout à coup, une énorme goutte d’eau s’écrase sur mon front, me sortant de ma rêverie. Le vent se lève, des tourbillons de poussière se forment.

L’orage roule, murmure sur l’étendue désertique. Le tonnerre éclaire la masse nuageuse, menaçante… Je n’ai que quelques secondes pour m’abriter sous le porche d’une bergerie, avant que la pluie ne s’abat sur ma position.

Durant de longues minutes, assis sur ce qui semble être un amas de déchets, j’observe le désert arrosé par le ciel. Comment vais-je faire pour parcourir le désert ? Il me reste plus de 40km à parcourir et, sous la pluie, ce n’est pas drôle…

Le mamelon de Castiederra

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Finalement après 30 minutes d’attente, l’orage s’éloigne vers le nord. Je reprends ma route. Au gré des virages, je découvre des paysages dignes de Monument Valley. Sur ma droite, des panneaux m’interdisent l’accès à la steppe qui enserre le camp militaire.

Dans un bruit sourd, des avions de combat percent la masse nuageuse, et descendent en piqué vers le sol. Ce manège qui va durer toute la journée, me perce les tympans. Ces exercices militaires font polémique dans le coin.

En effet, cette activité bruyante, perturbe la période de nidification des rapaces qui ont élu domicile dans le désert des Bardenas Reales. De nombreuses associations écologiques cherchent à fermer le polygone de tir, verrue de la réserve naturelle. Un homme sur la route, équipé d’énormes jumelles, semble se moquer de ces interdictions.

Après avoir échangé un regard, il se faufile discrètement dans le lit asséché d’une rivière, direction le fort. J’espère pour lui que les militaires ne seront pas en patrouille. Moi, je m’échappe encore dans une bergerie, la pluie tombe à nouveau…

Le mamelon de Castiederra

Un vent de face me repousse, me ralentit dans ma progression. J’ai l’impression de revivre un épisode de Mad Max. Seul au milieu de nul part…

Je me sens comme libéré. C’est étrange la sensation que peuvent procurer les grands espaces, vierges de toutes présences humaines…

Au bout de quelques kilomètres, j’aperçois sur ma gauche à monticule rocheux. La vue doit être pas mal d’en haut. Je lâche alors mon destrier de métal dans la végétation rase pour me diriger vers mon but en prenant soin de ne pas abîmer la nature fragile ici.

Arrivé en haut, le vent me fouette le visage. La vue est magnifique, la steppe jaune court sur le paysage. Au milieu, des sommets isolés donnent l’échelle. Au fond, sur l’horizon, des falaises abruptes enserrent le désert des Bardenas Reales… On a l’impression d’être dans un lieu coupé du monde… C’est magique !

Les steppes jaune des Bardenas Reales

Je remonte sur ma selle, mon vélo m’emmène jusqu’à une intersection. Vraisemblablement, la bonne direction est la droite. Mais qu’est ce qu’une bonne direction ? À gauche, une maison de berger est lovée au haut d’une colline escarpée. L’aventure m’appelle, je laisse derrière moi le chemin de droite.

La pente est forte, je pousse sur les pédales, j’avance mètre par mètre, l’objectif droit devant et… je préfère continuer à pied, faut pas pousser non plus !

À l’arrivée, je décide de grimper sur le rocher au-dessus de la bergerie. Au sommet, je peux apercevoir une partie des Bardenas Reales que les voitures ne peuvent parcourir. J’ai l’impression de me retrouver face aux terres désolées du Mordor. Ici, tout n’est que minéral, sec et hostile.

Le Mordor des Bardenas Reales

Je repars et j’emprunte une piste qui m’amène dans un petit canyon, avant de s’arrêter net. Mon regard s’égare, j’aperçois des empreintes de fer-à -cheval au sol. Une piste cavalière… Dois-je rebrousser chemin ou suivre une voie qui semble mener nulle part ? Comment vais-je faire si l’orage tombe comme prévu, à 15h ? Tant pis, je prends le risque.

Là, impossible d’utiliser le vélo, je suis obligé de le pousser ou le porter, pour gravir les obstacles de cette partie des Bardenas Reales.

Pour un désert, je n’arrête pas de grimper en fait !

Je débouche enfin sur un belvédère, qui offre une autre vision du désert. Là, je peux voir des plateaux immenses où il est interdit ( officiellement ) d’y grimper. Ce sera une autre aventure pour moi.

Sandwich au chorizo artisanal ( le gras, c’est la vie ! ) des Bardenas Reales avec une vue grandiose et le silence, ça n’a pas de prix… Je porte enfin ma bouteille d’eau gazeuse à mes lèvres, je savoure d’avance, il fait 30°. Je n’ai rien touché par peur du manque d’eau dans le désert ( Sinon j’aurai utilisé ma paille filtrante ! ) et là, un goût sucré envahit ma bouche… Du sucre ?! Je regarde l’étiquette: à-priori j’ai acheté des bouteilles de limonade… C’est plutôt sympa lorsque tu fais du vélo dans un désert aride de la limonade hein ? Je vais crever, c’est sûr !

Bergerie des Bardenas Reales

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Je repars; et après quelques passages délicats à travers la steppe, je reprends enfin la route.

Le vent est vraiment violent, ça devient une épreuve pour avancer ! Peu importe le plateau de ma bécane, ça n’avance pas. Je commence à envier les 2 motos qui viennent de me dépasser…

Durant plus de 2 heures, j’alterne tour à tour les coups de pédale ou la marche, j’avance à peine à cause du vent, les crampes viennent c’est la galère.

Plusieurs campings cars croisent ma route, je dois passer pour un fou sur mon vélo, seul.

Mamelon des Bardenas

Puis, le chemin fait une boucle vers le sud, en direction du fort militaire. Le vent, tellement fort, est enfin de mon côté. Des ailes me poussent, j’avance à allure moyenne sans pédaler. Tu m’étonnes que je n’avançais pas tout à l’heure !

Il est bientôt 15H, l’orage des Bardenas Reales gronde et se rapproche. Je suis mal s’il tombe sur moi: tout mon matériel photo serait foutu ! Je redouble d’effort, quelques gouttes s’écrasent sur mes épaules. J’arrive enfin au fort. Au lieu de prendre la route qui doit me ramener au village, je décide de poursuivre pour aller m’abriter dans une étable perchée sur une petite colline.

Au moment où je pose mon vélo sur la paille, un mur d’eau s’abat sur les Bardenas Reales. Moi qui avais une vue dégagée sur les environs, je ne vois plus rien à 3 mètres. Je m’assois sur le fumier pour admirer la nature qui se déchaîne.

Autour de mon abri, l’eau coule en ruisseaux sur la terre. Ces ruisseaux deviennent de véritables torrents qui enserrent l’étable. Je suis désormais, prisonnier de l’orage. Même durant mon aventure en Indonésie je n’avais jamais vu ça ! Au bout d’une heure d’attente, l’orage se dissipe enfin, laissant place aux rayons du soleil. Le désert, à de nombreux endroits, n’est plus qu’un gigantesque miroir d’eau !

Pour autant , je ne dois pas m’éterniser ici. Un autre orage semble venir du nord. Je récupère mon vélo pour revenir sur la route. Au bout de quelques mètres, je m’enfonce avec lui jusqu’aux chevilles ! La pluie a transformé le désert en vasière, je marche péniblement, essayant d’éviter les mares d’eau boueuse qui cachent des trous sûrement profonds.

C’est recouvert de boue que j’arrive finalement au village. Ma logeuse a pitié de moi et refuse que je lave mon vélo. Moi ? Une douche et un bon lit chaud m’attendent…

Le désert des Bardenas Reales, est un lieu incroyable et pourtant méconnu ! Si tu souhaites vivre l’Ouest américain ou revivre certaines scènes mythiques de Game Of Thrones ce lieu est définitivement pour toi. Suivant le temps que l’on dispose il peut être intéressant de parcourir les Bardenas Reales en voiture pour se rendre aux différents points de départ des randonnées. Mais pour apprécier au mieux l’esprit de ce lieu unique, je conseille de faire une randonnée à cheval. Pour être dans la peau d’un cowboy ou d’un Dothraki, le temps d’une journée…

Informations pratiques

Où ça ?

Le parc est à 40 minutes à vélo d’Arguedas

Voir la carte !

Combien ça coûte ?

20€ le VTT/jour

Où dormir ?

Bardena Blanca, meilleur rapport qualité prix  !

Regarde

Allez rejoins nous aventurier, on est bien bien bien 🙂

QUI SUIS-JE ?

hugues_a_propos_vivreuneaventure

 

Hugues, jeune breton expatrié sur Paris. J’aime les crêpes et l’aventure !

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