3h du matin. La frontale éclaire un chemin de caillasse qui monte dans le noir. On transpire malgré le froid. Et puis, au bout de 2h de montée, quelque chose apparaît dans le cratère — une lueur bleutée qui n’a rien de naturel, ou plutôt qui est trop naturelle pour être réelle.
Le feu bleu du Kawah Ijen. Une des rares manifestations de flammes bleues à l’air libre dans le monde. On ne savait pas que ça existait avant de venir à Java.
C’est quoi le Kawah Ijen ?
Le Kawah Ijen est un stratovolcan actif situé à l’extrémité est de l’île de Java, en Indonésie, dans le parc naturel d’Ijen. Son cratère abrite le plus grand lac volcanique acide du monde — un lac d’un bleu-vert saisissant, à une acidité proche de 0 (pH quasi nul), soit aussi corrosif que l’acide sulfurique de batterie.
Le lac émet en permanence des gaz soufrés qui brûlent en sortant des fissures. De nuit, ces flammes apparaissent bleues — un phénomène dû à la combustion du soufre à très haute température qui émet une lumière dans la partie bleue du spectre visible. Le jour, on ne voit plus les flammes — seulement les fumerolles jaunes et blanches. C’est pourquoi l’ascension de nuit est indispensable.
Les porteurs de soufre : une réalité qui marque
Ce qu’on ne s’attendait pas à voir : des hommes qui descendent dans le cratère à 3h du matin avec un balancier en bambou, récoltent des blocs de soufre solidifié au bord des fumerolles, et remontent avec 70 à 80 kg sur les épaules. Deux fois par jour. Sans équipement de protection digne de ce nom — souvent juste un masque en tissu qui ne filtre pas le dioxyde de soufre.
Certains de ces porteurs travaillent sur l’Ijen depuis 20 ou 30 ans. Le soufre est vendu aux industries locales (sucreries, allumettes) pour environ 1 000 roupies le kilo — soit moins d’un centime d’euro. Une charge de 80 kg rapporte environ 80 000 roupies, soit 5 à 6 €. Pour 2 à 3 heures de montée et descente dans un environnement toxique.
Voir ça de nuit, dans le cratère, en cherchant le feu bleu — c’est un moment qu’on ne digère pas facilement. Et c’est peut-être le souvenir le plus puissant qu’on rapporte de l’Ijen.
Comment organiser l’ascension du Kawah Ijen ?
Le départ et l’horaire
L’entrée du parc est à Paltuding, accessible depuis Banyuwangi ou Bondowoso. Le départ recommandé pour voir le feu bleu : entre 1h et 2h du matin. L’ascension prend 1h30 à 2h selon l’allure. On arrive dans le cratère avant l’aube, on observe le feu bleu, on attend le lever du soleil sur le lac acide, on redescend vers 7h-8h.
L’équipement indispensable
- Un masque à gaz réel — pas un masque chirurgical. Le dioxyde de soufre dans le cratère est dangereux. Les autorités fournissent parfois des masques basiques à l’entrée, mais emporter son propre masque de qualité est fortement recommandé.
- Des vêtements chauds : il fait 5 à 10°C dans le cratère en pleine nuit. On transpire à la montée, et on se refroidit rapidement une fois immobile dans le cratère.
- Une frontale avec piles de rechange
- Des chaussures de randonnée : le chemin est rocailleux et parfois glissant
Les tarifs d’entrée (vérifier les tarifs actuels sur place)
L’accès au parc est payant. Les tarifs pour les étrangers sont supérieurs aux tarifs locaux — prévoir entre 150 000 et 200 000 roupies par personne pour une nuit (environ 10-13 €).
Combiner Kawah Ijen avec Bromo et Sukamade
Les trois grands sites de Java Est — le Bromo, le Kawah Ijen et la plage de Sukamade — sont accessibles dans un circuit de 5 à 7 jours depuis Surabaya ou Bali. La logistique est intense (nuits courtes, distances longues) mais les trois sites sont incomparables et se complètent parfaitement.
FAQ sur le Kawah Ijen
Le feu bleu est-il visible toute l’année ?
Non. La visibilité dépend des conditions météo et de l’activité des fumerolles. Les saisons sèches (mai à octobre) sont préférables — moins de nuages dans le cratère et meilleure visibilité. Certains jours, le cratère est totalement obscurci.
Faut-il un guide pour monter au Kawah Ijen ?
Un guide local n’est pas obligatoire mais recommandé pour la descente dans le cratère vers le feu bleu. Le chemin jusqu’au bord du cratère est balisé, mais la descente vers les fumerolles est non officielle, potentiellement dangereuse, et un guide connaît les zones les plus sûres.
L’Ijen reste une expérience difficile à classer. C’est beau d’une façon qui dérange un peu. Et c’est peut-être pour ça qu’on n’oublie pas.