Brendan et moi devant le cratère du Kawah Ijen

Quand j’étais tout petit, j’adorais regarder les reportages de Nicolat Hulot dans Ushuai Nature. Un jour je suis tombé sur son aventure sur les volcans en Indonésie. Je me souviens encore de lui voguant sur le lac le plus acide au monde, pour aller à la rencontre des porteurs de soufre du Kawah Ijen.

Plus de 15 ans après, je suis tombé sur un article traitant des fameuses flammes bleues que l’on peut voir seulement ici. Pour vivre un peu le quotidien des mineurs, j’ai décidé de faire appel à Ijen Miner Tour. Chung mon guide, est un ancien mineur . Hier, j’ai pu découvrir les alentours du volcan Kawah Ijen. Maintenant, c’est à mon tour de découvrir l’enfer des porteurs de soufre…

1H30, une sonnerie déchire la nuit noire…

Les yeux embrumés, la bouche pâteuse, je sors du lit difficilement. Je dois me préparer pour l’ascension à venir. Le Kawah Ijen se mérite.

En bas, le 4x4 nous attend pour ce qui va être la plus belle aventure de notre voyage.

Nous roulons pendant près d’1h30 sur une route sinueuse. De temps à autre les phares éclairent la jungle qui se fait plus présente à mesure que nous montons vers les hauteurs.

Nous arrivons enfin à un parking où les minibus de touristes sont alignés en rang d’oignons. Moi qui pensais avoir le Kawah Ijen pour nous seuls, c’est raté.

Dehors, il fait un froid glacial. Heureusement que ma doudoune me réchauffe un peu.

Nous commençons à nous équiper dans la nuit noire, la lune cachée par les nuages.

La montée vers le cratère

Le sac sur le dos, on emprunte la piste qui monte vers le volcan. On essaye de dépasser toute cette masse de touristes qui risque de gâcher les photos. Je rêve d’un paysage volcanique vierge, où seuls les mineurs sont à l’oeuvre. Vu le monde,  cela risque d’être difficile.

Lampe frontale vissée sur la tête, on accélère le rythme, ça grimpe sec. On ne voit rien au-delà de 3 mètres.

“Attention à la falaise, c’est dangereux ”

me dit Chung. Le sentier est étroit. Mon regard s’attarde dans la direction qu’il m’indique. Sur ma droite, à un mètre de moi, la végétation laisse place au vide… Je n’arrive pas à estimer notre hauteur. Ma lampe n’arrive même pas à sonder l’obscurité, ce doit être haut ! Si je tombe, je suis mal…

Notre marche continue. Au bout de 30 minutes, nous devons attendre notre guide qui nous demande une pause. Il arrive enfin, la langue pendante. Nous buvons un peu d’eau et reprenons notre souffle. Le sommet n’est plus très loin.

Brendan remet son sac sur le dos et encourage Chung. On force la cadence et après 1h30 d’effort, nous arrivons à notre dernière étape. Je devine dans la pénombre une petite maison en bois. Il s’agit du camp de base des mineurs. Ce que je viens de voir n’est autre que la baraque des porteurs de soufre. Ici, ces travailleurs de l’extrême se reposent et dorment avant de descendre dans le cratère.

Chung met un doigt sur ses lèvres, nous invitant au silence. Son père, doyen de la mine est à l’intérieur et se réveille dans une heure.

Les nuages se dégagent laissant apparaître le sommet du Kawah Ijen. éclairé par la lumière de la lune, la cime est comme découpée au couteau, contraste avec la nuit étoilée. C’est magnifique…

Plongée dans l’enfer du Kawah Ijen

Finalement on arrive en haut et on amorce la descente. Celle-ci est particulièrement délicate. Pour cette raison, Chung prend la tête de notre petite expédition. Nous devons marcher dans ses pas pour éviter une chute qui peut s’avérer mortelle. Le sentier de terre laisse place à la pierre. Le dénivelé est important.

Je dois regarder où je mets mes pieds. Le chemin serpente tous les 5 mètres et je dois scruter le sol en permanence. Au détour d’un virage, ma chaussure se dérobe sur des gravats. Je manque de me casser la figure. Là, pas d’erreurs possibles, le cratère est profond de 200 mètres. Je décide alors de faire une pause.

Dans le noir absolu avec le bruit des pierres qui roulent, je distingue au loin une forme bleutée très légère. Serait-ce déjà les flammes du Ijen ? Motivé, je poursuis ma descente. Mes compagnons sont beaucoup plus bas. Je tente de les rattraper mais c’est difficile. On ne voit absolument rien et la lumière de ma torche est insuffisante. Je ne compte plus les fois où je manque de trébucher. À certains moments, je suis obligé de sauter des blocs d’un mètre de haut sans voir où je vais atterrir.

Mais qu’est-ce que je fous là ?

les flammes bleues du volcan Kawah Ijen à Java en Indonésie

Finalement, j’arrive à les rejoindre. Sous un vent violent, on arrive enfin dans le cratère !

On monte sur un énorme rocher et là, en face de nous, je vois les flammes bleues !

Elles montent jusqu’à 5 mètres de haut ! Elles dansent devant nos yeux sans un bruit, c’est presque irréel. On décide alors de se poser un moment pour profiter du spectacle.

Tu imagines ? Il s’agit d’un phénomène unique dans le monde et on est là dans le volcan que Nicolas Hulot a découvert il y a quelques années. Là, je me sens comme un aventurier.

Pourtant Chung nous ramène vite à la réalité. Il sort de son sac un énorme masque à gaz digne des tranchées de la Première Guerre mondiale. Au moment de le mettre sur le visage, nous sommes enveloppés par un nuage de soufre ! Je ne vois plus rien à moins d’un mètre.

Je n’arrive plus à respirer ! J’ai du mal à distinguer Brendan qui est juste à coté de moi. Le gaz de soufre me brûle les yeux et la gorge malgré le masque. Je tousse bruyamment, je me calme puis me recroqueville sur moi-même.

Je respire par à-coup et je bouge au minimum pour économiser l’oxygène, on se sent oppressé.

Du coup avec Brendan, on se rapproche du sol pour éviter la fumée du volcan. Je ne sais plus trop où je suis. C’est un autre monde qui s’offre difficilement à mes yeux. On a l’impression d’être dans le brouillard d’un sauna !

Puis, aussi vite qu’il est venu, le nuage se dissipe… de l’air enfin !

Chung profite de ce moment de répit pour nous expliquer que ces vapeurs ont déjà tuée. Ici un asthmatique n’a pas sa place. C’est comme si tu fumais un paquet de clopes toutes les 10 minutes, tu imagines ?

À cause du vent, nous serons enveloppés par le nuage toutes les 10 minutes…Ici c’est l’enfer !

On  distingue les flammes qui sortent des rochers. Elles grondent légèrement. Le bleu est électrique, c’est incroyable !

La scène que j’ai sous les yeux est presque spectrale.

Là, un petit groupe se tient au milieu de l’obscurité, éclairé juste par une lampe frontale, à sa droite un bleu flamboyant qui les domine.

les flammes bleues du volcan Kawah Ijen dépassent les touristes de leur hauteur

Tu aimes mon article ? Aide moi avec un like sur ma page 🙂

J’essaye tant bien que mal de stabiliser mon trépied minuscule sur la roche, le vent fait vibrer mon appareil photo. Je suis obligé de faire barrage avec mon corps pour prendre la photo en pose longue.

Je souhaite m’approcher des flammes mais Chung n’est pas d’accord. Les conditions actuelles sont trop dangereuses d’après lui. Je l’écoute car c’est un homme d’expérience.

Quand je vois que ça pète  près des groupes de Japonais, je me dis qu’un mineur pour guide ça a du bon !

En guise de compromis, Chung s’empare de ma caméra avec un sourire puis s’éclipse dans le brouillard.

Avec Brendan, on se déplace un peu, on essaye de respirer tant bien que mal, on se concentre sur notre respiration. C’est vraiment difficile, le nuage est omniprésent.

L’aube est en train de se lever. Les premiers rayons du soleil chassent les groupes de touristes du cratère. Moins d’une vingtaine de personnes restent avec nous. On a l’impression d’avoir le volcan pour nous seuls !

Un nouveau paysage s’offre à mes yeux. Les flammes bleues ont laissé place au soufre jaune vif sur le sol. Quelques bidons sont posés à côté d’une tente. La toile épaisse et encrassée de poussière claque sous le vent. C’est le campement des mineurs en cas de mauvais temps.

Plus loin le sol minéral laisse sa place à un lac d’un vert métallique.

Il s’agit du lac le plus acide au monde… Je me souviens encore de Nicolas Hulot qui naviguait dessus à bord d’un petit pneumatique. Un dingue qui m’a fait rêver ! Je ne risquerai pas à plonger mes mains dans l’eau. Ici, elles fondraient…

Sur la rive à droite du lac, des tuyaux crachent la fumée des entrailles de la terre.

Chung m’explique que les mineurs font ça pour accélérer la cristallisation du soufre et le récupérer sous sa forme solide… Un homme est chargé d’entretenir cet équipement. C’est celui qui dort sous la tente. Nuit et jour, il veille. Sans lui les mineurs ne pourraient ramener des quantités suffisantes pour nourrir leurs familles. C’est un poste rémunérateur mais très dangereux. Constamment exposé aux gaz, son espérance de vie décroît à petit feu. Je ne te parle même pas du risque d’éruption, bien réel ! Il y a quelques années, le Kawah Ijen a explosé, tout le monde est mort dans le cratère, touristes inclus !

On décide d’aller voir de plus près leur travail.

Au détour d’un sentier, j’aperçois une silhouette accroupie. Un mineur. Il a les traits d’un vieil homme. Il doit faire plus vieux que son âge car ici l’espérance de vie est de 50 ans. Ce dernier est affairé à mouler de petits animaux avec le minerai jaune. Un simple foulard lui recouvre la bouche pour se protéger des vapeurs corrosives. Le nuage nous recouvre à nouveau. Tandis que je ne respire plus, lui continue son travail, le visage impassible. Comment fait-il ?

un mineur moule avec le soufre du Kawah Ijen des sculptures de petites tortues à Java

Il me tend une sculpture. C’est une petite tortue. D’après Chung, la légende dit qu’une tortue géante nage dans le lac. Il se moque de moi bien sûr mais c’est un beau souvenir et un coup de pouce pour le mineur. Je glisse donc mon animal légendaire dans ma poche en échange de 20 000Rp. C’est là où tu dis que j’ai une chance unique d’être là.

Je croise ensuite la route des porteurs de soufre. Ces derniers s’affairent près des tuyaux et chargent leurs paniers à ras bord. Chaque homme les porte grâce à une canne de bambou sur l’épaule. L’un d’eux soulève son fardeau, prend le chemin du retour et se dirige vers moi. Maigre, de petite taille, vêtu seulement d’une veste et d’un tee-shirt malgré le froid, il fait peine à voir.

Je croise son regard, il a l’air complètement crevé. Et pourtant les apparences sont trompeuses…

Ce mineur est plus fort que toi ou moi. Il remontera, peu importe la fatigue, un chargement allant jusqu’à 100kg uniquement supporté par l’épaule !

Son collègue nous montre la sienne d’ailleurs: elle est complètement meurtrie, creusée par la canne en bambou.

Il veut qu’on essaye de porter la même chose que lui.

Après un grognement d’effort, j’arrive à mettre 70 kg sur mes 2 épaules ( pas une comme eux). J’essaye de faire un pas, je commence à chanceler.

Heureusement, le mineur est derrière moi. Même chose pour Brendan… Déjà que l’on a du mal à faire ne serait-ce qu’un pas, eux remontent en haut !

En plus, il nous demande si on n’a pas des clopes… des clopes ? Pardon ?! Comment font-ils ?
C’est inhumain, ils font le travail le plus dur au monde pour une misère. Et en plus ils ont encore la force de fumer et de sourire !

Pendant quelques instants, je me vois encore à me plaindre en France… Quand tu vois ces gars, bah tu te prends une vraie leçon d’humilité. Ils forcent le respect !

On les laisse travailler et on rejoint Chung qui s’empresse de me montrer les vidéos filmées avec ma caméra. C’est super sympa de sa part !

On monte ensuite sur un petit promontoire pour avoir une vue d’ensemble. Là juste en dessous de nous, un Japonais bardé de matos, se précipite sur un des mineurs que l’on a vu il y a quelques minutes. Il s’approche à moins de 30 cm de son visage et le mitraille à coups de flashs pendant une bonne minute avant de s’enfuir, le remerciant à peine.

Mais merde le mineur est chargé comme un mulet et lui, ne montre aucun respect !

On décide alors de remonter. Je m’arrête plusieurs fois, admirant le paysage dont la perspective change au fur et à mesure de notre ascension. Les mineurs deviennent à mes yeux des fourmis qui s’activent à la tâche. Le cratère est en fait immense….

le nuage de soufre du Kawah Ijen est immense

D’ici, la vue est magnifique… On distingue encore le lac aux reflets métalliques qui se cache sous le nuage de soufre, loin en bas. Derrière moi, une jungle mystérieuse, s’accroche à la montagne avec la mer de nuages comme toile de fond. À gauche du panneau, on voit enfin le chemin que l’on a emprunté durant la nuit. De la poussière s’envole…

Un vieil homme vient dans notre direction avec une brouette. Il s’agit du père de Chung.

Le doyen des porteurs de soufre, en raison de son âge et de son expérience, est le mieux payé. Son travail est simple: descendre les matières premières que lui rapportent les mineurs jusqu’en bas. Ridé comme une vieille pomme, on a le droit à un sourire édenté jovial.

Chung s’empresse de nous prendre en photo, avec lui. Il parait tout petit à coté de nous. Notre guide traduit les paroles de son père.
Aujourd’hui, c’est plus facile que lorsqu’il était jeune. Un 4x4 récupère sa marchandise. Ils peuvent, comme ça, faire le trajet plusieurs fois dans la même journée. Avant, chaque homme était seul, devait à la fois récupérer le souffre, escalader le volcan et le ramener jusqu’à l’usine à plus de 10 km d’ici…. à pied. Bien souvent, il ne pouvait faire qu’un seul aller-retour dans une journée.

Je suis dans le présent et pourtant depuis cette nuit, je suis plongé dans le passé d’une autre époque pour nous mais réelle pour eux.

Une voix me sort brutalement de ma réflexion. Le mineur que l’on suit depuis l’aube arrive enfin, fatigué. Brendan lui donne sa bouteille d’eau. Il la boit d’une traite.

Nous nous tenons à côté du père de Chung, doyen des porteurs de soufre du volcan Kawah Ijen

Pendant ce temps, mon ami essaye de porter la canne de bambou chargée de ses deux paniers sur plusieurs mètres. Après tout ce qu’il a vu, il a envie d’aider. Encore une fois, impossible. C’est difficile à accepter. On est jeune, sportif et pourtant, on est incapable de faire ce qu’ils font. Comment peut-t-on accepter que des gens travaillent encore dans ces conditions à l’heure actuelle ?

Ce travail est juste inhumain, vraiment. C’est donc avec un cœur lourd que l’on redescend vers la vallée.

au sommet du volcan Kawah Ijen à Java en Indonésie une jungle s'accroche à la roche

Le sentier que l’on a gravi il y a quelques heures dans le noir surplombe de quelques dizaines de mètres une forêt dense. Chung nous montre quelque chose qui bouge dans les arbres. Une forme noire… Puis deux puis trois.

Des singes ! Plus précisément des gibbons. Je regrette de ne pas avoir une belle photo d’eux, trop loin. On prend donc 5 minutes à observer les petits qui essayent tant bien que mal à s’accrocher à la queue de leurs parents… C’est rare d’en voir ici à priori !

Après 30 minutes de descente à courir dans la poussière, nous sommes enfin arrivés au véhicule.  On reprend le chemin du retour.

Jour saint pour les musulmans, on ne peut visiter l’usine, fermée. On se rattrape sur la route qui sillonne les rizières. Là les femmes , chapeau ou voile sur la tête,  coupent le riz à la serpe. Des hommes labourent la terre. Les vieux hauts-parleurs des mosquées environnantes appellent à la prière.

On arrive au village, pour dormir quelques heures.

une Indonésienne travaille dans un champ à Java près du volcan Kawah Ijen en Indonésie

Tu aimes mon article ? Aide moi avec un like sur ma page 🙂

À midi, nous sommes dans le 4x4 pour Banyuwangi.  Je jette un dernier regard, laissant derrière moi le village des porteurs de soufre du Kawah Ijen

Nous voilà  à la centrale de bus de la ville pour une dernière accolade avec notre super guide Chung et notre chauffeur Italian Man.

On décide alors  de leur laisser 50 000Rp de pourboire chacun pour leur super travail. Ils sont touchés et nous quittent avec le plus important… un sourire.

C’est, je crois, un moment qui restera à jamais gravé dans nos mémoires. Des flammes bleues, le lac le plus acide au monde, un volcan et des hommes mais surtout une leçon de vie.

Demain l’aventure se poursuit, la jungle sauvage de Meru Betiri et sa plage aux tortues, Sukamade, nous attendent !

On se dirige maintenant vers la station-service pour trouver un hôtel où passer la nuit …

La découverte des porteurs de soufre et des flammes bleues du volcan Kawah Ijen est ma plus belle expérience de voyage. C’est un moment unique à faire une fois dans sa vie, surtout si vous séjournez à Bali. Ce n’est pas très loin de Pemuteran d’ailleurs ! Mes amis viennent d’y aller en août et il y avait beaucoup de monde, ce qui dénature l’expérience. Je conseille d’y venir à la fin de la saison sèche en octobre ou début novembre pour être tranquille.  En complément, je conseille l’article d’Arte qui parle du volcan et du village ici.  

Et toi,  es-tu déjà allé au Kawah Ijen ? 

Informations pratiques

Ijen Miner Tour

Choisi le tour « blue flammes » et surtout demande Chung comme guide ! Compte 40€/pers.

Voir

Comment venir ?

Prend le ferry depuis Gilimanuk pour accoster à Ketapang. Chung doit t’appeler sur ton portable !

Où dormir ?

Hôtel Blambangan à Banyuwangi pour se reposer après ce trip.  Un vrai kiff avant Sukamade !

Regarde !

Allez rejoins nous aventurier, on est bien bien bien 🙂

QUI SUIS-JE ?

hugues_a_propos_vivreuneaventure
  Hugues, jeune breton expatrié sur Paris. J’aime les crêpes et l’aventure !

Découvre moi !